Dans La Dépêche du Midi, le journaliste Philippe Rioux nous alerte : le Portugal a longtemps eu des allures d’eldorado pour les retraités français, mais l’un des moteurs de cet exil doré s’est grippé. Le constat mérite d’être pris au sérieux, car il concerne une communauté nombreuse et un choix de vie pour lequel il est difficile de revenir en arrière une fois engagé.
Une destination qui a séduit des milliers de retraités français
Le Portugal n’a pas usurpé sa réputation. Climat, sécurité, douceur de vivre, coût quotidien perçu comme plus léger qu’en France : ces atouts ont convaincu des milliers de retraités de s’y installer. Environ 35 000 retraités français vivraient aujourd’hui dans le pays, principalement autour de Lisbonne et en Algarve. Ils représentent à eux seuls un tiers de la communauté française au Portugal, un poids démographique qui donne la mesure du phénomène.
Ce mouvement ne doit rien au hasard. Il a été alimenté pendant plus de dix ans par un dispositif fiscal précis, pensé pour attirer des résidents étrangers disposant de revenus stables.
Le régime Résident non habituel, un avantage construit pour durer dix ans
Le statut de Résident non habituel (RNH) a été créé en 2009. Son principe : offrir aux nouveaux résidents étrangers une fiscalité très favorable sur leurs pensions privées, pendant une période de dix ans à compter de leur installation.
Comment fonctionnait l’avantage
Le mécanisme a évolué dans le temps. Les pensions ont d’abord été exonérées d’impôt. Le dispositif a ensuite basculé vers un taux forfaitaire de 10 % pour les nouveaux bénéficiaires. Dans les deux cas, la différence avec une imposition classique en France restait significative pour un retraité disposant d’une pension privée confortable. C’est cette mécanique, qui a fait la réputation fiscale du pays et qui a orienté des choix de vie parfois lourds : vente d’un bien immobilier, éloignement de la famille, réorganisation complète d’une tranche de vie autour d’une nouvelle géographie.
Depuis 2024, une fiscalité différente pour les nouveaux arrivants
Le tournant date du 1er janvier 2024. Depuis cette date, le régime RNH n’est plus accessible aux nouveaux retraités qui s’installent au Portugal. Pour eux, les pensions privées sont désormais soumises au barème progressif portugais, qui peut atteindre 48 % selon le niveau de revenu.
L’écart avec l’ancien régime est net. Là où un taux forfaitaire de 10 % offrait une lisibilité immédiate, un barème progressif pouvant grimper jusqu’à 48 % change la nature même du calcul patrimonial. Une expatriation motivée notamment par la fiscalité perd une grande partie de son intérêt pour qui envisage aujourd’hui de s’installer.
Ce que conservent les retraités déjà installés
Un point mérite d’être clarifié, car il évite bien des confusions : les retraités qui avaient déjà obtenu le statut RNH avant ce basculement conservent leur avantage jusqu’au terme de la période initialement prévue. La réforme ne s’applique pas rétroactivement à eux. Elle concerne uniquement les nouveaux arrivants, ceux qui envisagent aujourd’hui de faire le choix du Portugal en pensant reproduire les conditions fiscales de leurs prédécesseurs.
Le Portugal garde des atouts, mais plus les mêmes
Il serait excessif de résumer la situation portugaise à cette seule bascule fiscale. Le pays conserve une réelle attractivité : douceur de vivre, proximité géographique avec la France, coût de la vie encore inférieur dans certaines régions. Ces éléments ne disparaissent pas avec la fin du RNH pour les nouveaux venus.
En revanche, un autre facteur vient nuancer le calcul global : à Lisbonne et en Algarve, les prix du logement ont fortement progressé ces dernières années. L’équation économique qui rendait l’installation particulièrement avantageuse ne repose donc plus sur les mêmes bases. Le Portugal reste une destination de qualité de vie. Il n’est plus, pour les nouveaux arrivants, une destination d’optimisation fiscale au sens où il l’était depuis 2009.
Ce que cela change concrètement pour un projet d’expatriation
Pour un dirigeant ou une famille patrimoniale qui envisage une installation au Portugal, la donne a changé de nature. Le raisonnement ne peut plus s’appuyer sur les repères qui ont circulé pendant quinze ans, souvent relayés par des retours d’expérience aujourd’hui datés.
Trois éléments méritent d’être distingués avant toute décision :
- La date d’installation déterminera le régime fiscal applicable. Un projet engagé aujourd’hui relève du barème progressif portugais, pas de l’ancien régime RNH.
- Le niveau de pension pèse directement sur l’écart entre les deux systèmes. Plus le revenu est élevé, plus la différence entre un taux forfaitaire de 10 % et un barème pouvant atteindre 48 % se fait sentir.
- La composition du patrimoine, au-delà de la seule pension, doit être réévaluée à l’aune de cette nouvelle fiscalité, avant tout engagement irréversible comme la vente d’un bien en France.
Source : Philippe Rioux, « Retraite au Portugal : l’eldorado fiscal n’est plus ce qu’il était pour les Français », La Dépêche du Midi, 17/09/2026. Lire l’article original

