Retour sur les marchés – Mars 2026

Ce que la guerre au Moyen-Orient change  — et ce qu’il faut surveiller maintenant.

Le début d’année s’annonçait favorable. L’économie mondiale était bien orientée. Mais la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a rebattu les cartes. Le risque principal aujourd’hui porte un nom : la stagflation — c’est-à-dire un ralentissement de l’activité économique combiné à une remontée de l’inflation. Les prix montent, la croissance ralentit. Et si vous détenez des actifs financiers ou dirigez une entreprise, les conséquences vous concernent directement.

Tout dépendra de la durée du conflit. Le scénario relativement optimiste — celui qu’avance notamment le président Trump — repose sur l’idée d’un affrontement court. Mais un mois après le début des hostilités, l’Iran contrôle toujours le détroit d’Ormuz, le passage maritime par lequel transite l’essentiel du pétrole et du gaz des pays du Golfe. C’est un levier économique considérable.

Le baril de Brent a bondi de 90 % depuis le début de l’année

L’Iran ne peut pas rivaliser militairement avec la coalition qui lui fait face. Sa stratégie consiste donc à déplacer l’affrontement sur le terrain économique, en bloquant le détroit d’Ormuz — une artère vitale du commerce mondial d’hydrocarbures.

Des mesures d’urgence ont été prises : déblocage de réserves stratégiques de pétrole, réintroduction sur le marché du pétrole russe et vénézuélien, redirection par pipelines d’une partie de la production saoudienne et émiratie vers la mer Rouge. Ces mesures ont amorti le choc initial. Mais elles restent insuffisantes et temporaires. L’écart entre l’offre et la demande de pétrole demeure trop important.

Concrètement, si le conflit se prolonge, voici ce qui se dessine : l’inflation repart à la hausse, se diffuse rapidement à de nombreux secteurs, et finit par peser sur la consommation et l’activité. C’est ce qu’on appelle une destruction de la demande — les ménages et les entreprises dépensent moins parce que tout coûte plus cher.

Face à cela, les banques centrales — la Fed aux États-Unis, la Banque du Japon — devraient d’abord rester prudentes, puis basculer vers des politiques dites accommodantes (c’est-à-dire baisser les taux pour soutenir l’économie), au risque de laisser l’inflation s’installer durablement. C’est ce qui explique la remontée des taux longs (les taux d’emprunt à 10 ans et au-delà) observée ces dernières semaines — signe que les marchés anticipent une inflation plus tenace.

Dans ce contexte, les économistes revoient à la hausse les risques de récession dans les économies occidentales.sures accommodantes avec un risque de désencrage de l’inflation, ce qui explique la remontée des taux longs observée depuis plusieurs semaines. Dans ces conditions, les économistes réévaluent à la hausse les risques de récession dans les économies occidentales.

Zone euro : la BCE revoit ses prévisions de croissance à la baisse

Le dernier rapport de la Banque centrale européenne (BCE), publié en mars 2026, décrit un équilibre fragile. Après une année 2025 plus favorable qu’attendu — portée par la reprise de la consommation, un marché de l’emploi solide et les dépenses publiques — 2026 s’annonce nettement plus incertain sous l’effet du choc géopolitique.

Dans son scénario de référence, fondé sur l’hypothèse d’un conflit court, la BCE table sur une croissance du PIB de la zone euro de **0,9 % en 2026**, contre 1,5 % en 2025. Un net ralentissement, principalement dû à la perte de pouvoir d’achat, au recul de la confiance et à l’attentisme des entreprises face à la flambée de l’énergie.

La consommation des ménages resterait le principal moteur de l’activité, même si elle est temporairement affaiblie. L’investissement privé ralentirait à court terme, avant d’être relayé par les dépenses publiques d’infrastructure et de défense — notamment en Allemagne.

La BCE considère que le choc pèsera sur le court terme, sans remettre en cause un retour progressif vers une croissance modérée (1,3 % en 2027, 1,4 % en 2028).

L’inflation remonte — mais ce n’est pas une surchauffe généralisée

L’inflation totale en zone euro remonterait de 2,1 % en 2025 à **2,6 % en 2026**, avec un pic attendu autour de 3,1 % au deuxième trimestre 2026, avant un reflux progressif. Ce rebond est essentiellement lié à l’énergie, et non à une surchauffe de l’économie. L’inflation dite sous-jacente — hors énergie et alimentation, considérée comme un indicateur plus fiable de la tendance de fond — resterait orientée à la baisse, de 2,4 % en 2025 à 2,1 % en 2028.

L’emploi continuerait de progresser, mais plus lentement. Le chômage se maintiendrait autour de 6,3 %. Les salaires resteraient dynamiques, mais le pouvoir d’achat serait temporairement comprimé en 2026 avant de se redresser.

Côté finances publiques, la BCE anticipe une politique budgétaire plus expansionniste — autrement dit, les États devraient dépenser davantage, notamment dans les infrastructures et la défense. Cela amortit le choc, mais dégrade les comptes publics : le déficit agrégé de la zone euro remonterait à environ 3,6 % du PIB à l’horizon 2027-2028.

Le point de vigilance : le scénario central repose sur un choc énergétique fort mais temporaire. Le problème des guerres, c’est que leur évolution est difficilement prévisible. En cas d’aggravation ou de prolongation du conflit, la zone euro pourrait basculer vers un scénario nettement plus stagflationniste, avec une croissance plus faible et une inflation plus élevée.

Projections de la BCE — Scénario de référence

Indicateur202620272028
Croissance du PIB réel0,9 %1,3 %1,4 %
Inflation IPCH2,6 %2,0 %2,1 %
Inflation hors énergie et alimentation2,3 %2,2 %2,1 %
Taux de chômage6,3 %6,3 %6,2 %

Source : Banque centrale européenne — ECB staff macroeconomic projections for the euro area, March 2026

Ce scénario suppose des perturbations pétrolières de courte durée. La BCE envisage aussi un scénario défavorable (perturbations prolongées jusqu’à fin T3 2026) : croissance ramenée à 0,6 %, inflation à 3,5 %. Et un scénario dégradé (tensions ne se résorbant que début 2027) : croissance à 0,4 %, inflation à 4,4 %.

Dans son étude, la BCE évoque également un scénario défavorable avec des perturbations de l’offre de pétrole plus marquées perdurant jusqu’à la fin du troisième trimestre 2026. La croissance de la zone euro serait alors ramenée à 0,6 %, tandis que l’inflation atteindrait 3,5 %.

Enfin, un scénario encore plus dégradé reposant sur de plus fortes hausses du prix de l’énergie qui ne se résorberaient que graduellement au cours du premier trimestre 2027, avec une croissance de 0,4 % et une inflation à 4,4 % cette année.

France : un choc réel mais contenu selon la Banque de France

La Banque de France décrit un impact négatif mais d’ampleur inférieure au choc de 2022. Son scénario de base prévoit un baril montant jusqu’à 92 dollars en moyenne au deuxième trimestre 2026, avant un retour autour de 70 dollars mi-2027.

Dans ce cadre, la croissance française resterait positive : 0,9 % en 2026, 0,8 % en 2027, puis un rebond à 1,2 % en 2028. L’inflation remonterait à 1,7 % en 2026 sous l’effet de l’énergie, puis reviendrait à 1,4 % en 2027. La récession semble écartée — à condition, encore une fois, que le conflit ne s’éternise pas.

Les marchés

Le prix du baril est devenu la variable qui fait bouger les indices au jour le jour. Si vous êtes exposé aux marchés financiers, c’est le curseur à suivre en priorité.

Les investisseurs, d’abord relativement confiants, sont devenus de plus en plus sceptiques face aux promesses d’un conflit court. Plusieurs signaux le confirment : le dollar redevient un actif refuge (signe de nervosité), l’or est revenu à son niveau de début d’année, et les marchés de taux hésitent — tiraillés entre un environnement plus inflationniste à court terme et la perspective de politiques monétaires plus souples à venir.

Sans surprise, les secteurs les plus cycliques — ceux dont l’activité dépend directement de la conjoncture — et les indices des pays fortement importateurs de pétrole reculent le plus. Le Nasdaq 100 cède plus de 9 % depuis le début de l’année, pénalisé en plus par de nouveaux risques judiciaires sur les réseaux sociaux aux États-Unis et par des doutes sur la rentabilité des investissements massifs dans l’intelligence artificielle.

Le scénario d’un enlisement du conflit gagne en crédibilité. Les frappes iraniennes se poursuivent, le détroit d’Ormuz reste bloqué. Un effondrement rapide du régime iranien paraît peu probable : l’État iranien dispose d’une structure décentralisée qui ne repose pas sur un seul homme. En revanche, une issue politique — où les États-Unis et Israël considèrent leurs objectifs militaires atteints — reste plausible. La pression internationale pour mettre fin au conflit devrait aller croissant, et la majorité des Américains ne soutient pas cette guerre.

Ce qu’il faut retenir : la fin du conflit semble aujourd’hui plus probable qu’une entrée en récession de l’Europe. Mais à court terme, les marchés restent nerveux, les investisseurs réduisent leur exposition, et la volatilité persiste.

Si la guerre se prolonge, les effets négatifs s’amplifieront. Les secteurs pétroliers et énergétiques sont recherchés aujourd’hui, mais pour un investisseur dont l’horizon dépasse six mois, ce n’est pas nécessairement là que se trouvent les meilleures opportunités.

Dès lors que l’on écarte l’hypothèse d’une récession mondiale provoquée par la flambée du pétrole, le principe reste le même : les meilleures opportunités d’achat se présentent quand le marché panique. Après un recul marqué, le potentiel de progression se reconstitue. C’est dans ces moments d’inconfort que se construisent les performances à long terme — à condition d’avoir une allocation solide et une vision claire de ce que vous pouvez supporter en termes de risque.

Sources principales : Banque de France, Federal Reserve, FMI, OCDE, BIS, BEA, BCE, BOJ, BOC, Bloomberg, CGPConseils, Reuters, Factset, Financial Times, Agence Internationale de l’Énergie, OMC, INSEE, Euler Hermès, Coface, MIT, ISTAT.

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