Retour sur les marchés – avril 2026

marchés financiers

La conjoncture économique mondiale, bien orientée au début de l’année 2026, se heurte désormais à la guerre au Moyen-Orient qui devrait peser sur la croissance et attiser l’inflation, soit à peu près l’inverse du scénario espéré. Les indicateurs économiques publiés en avril enregistrent effectivement une première dégradation de l’activité, même si l’économie conserve, à ce stade, une certaine résilience.

Deux forces contraires structurent notre nouvel environnement économique.

  • D’un côté, les investissements massifs dans l’intelligence artificielle continuent de soutenir la croissance.
  • De l’autre, la guerre avec l’Iran provoque un choc d’offre, un rebond de l’inflation et un appauvrissement des pays importateurs de pétrole.

La première devrait cependant avoir un effet plus structurant sur l’économie.

La croissance demeure bien orientée… à condition que le conflit ne s’installe pas.

Avant ce conflit, la croissance mondiale suivait une trajectoire favorable avec une activité stimulée par la vigueur des investissements liés à l’intelligence artificielle, et par des conditions financières et budgétaires plutôt accommodantes. La hausse des prix de l’énergie et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement surviennent alors que l’inflation reste supérieure à l’objectif des grandes économies, ce qui commence à poser un problème de politique monétaire. Il est toutefois probable que devant ce choc pétrolier dépressif pour l’activité, les banques centrales choisissent de considérer cette inflation additionnelle comme transitoire et soient réticentes à durcir significativement leurs politiques monétaires. Les anticipations d’inflation vont être surveillées de près.

Dans ses nouvelles projections d’avril 2026, le FMI estime que la croissance mondiale devrait s’établir à 3,1 % en 2026 puis 3,2 % en 2027. L’inflation globale mondiale devrait accélérer modérément en 2026 à 4,4 % avant de refluer à nouveau en 2027. Ces prévisions optimistes reposent sur une hypothèse forte : celle d’un conflit court accompagné d’une baisse progressive du prix de l’énergie au second semestre 2026. Les pays émergents, dans leur majorités, sont plus vulnérables à une envolée durable du prix de l’énergie. Dans un scénario alternatif nettement plus défavorable, le FMI envisage une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, jusqu’à l’année prochaine, avec un désancrage net des anticipations d’inflation et un resserrement prononcé des conditions financières. L’inflation pourrait alors dépasser 6 % tandis que la croissance mondiale déclinerait autour de 2 %.

I.A. : des résultats impressionnants, mais un équilibre financier fragile

La question de l’évolution à moyen terme de l’intelligence artificielle est cruciale pour notre environnement économique.

  • D’abord parce qu’elle est porteuse d’une promesse d’importants gains de productivité.
  • Ensuite parce que les investissements du secteur tirent la croissance des États-Unis.
  • Enfin parce qu’en faisant monter les marchés, l’IA contribue à un effet richesse favorable à la consommation des ménages.

Le poids de l’investissement technologique dans l’économie américaine a retrouvé des niveaux historiques. dépassant son précédent pic annuel de 2000. En données trimestrielles, le sommet de la bulle Internet est le quatrième trimestre 2000.

Ces niveaux illustrent l’ampleur du cycle d’investissement déclenché par le cloud et l’intelligence artificielle. Les géants américains de la technologie continuent d’engager des montants considérables dans les semi-conducteurs, les centres de données et les capacités de calcul. Les dépenses d’investissement cumulées d’Alphabet, Amazon, Microsoft et de Meta, sont passées de 213,9 milliards de dollars en 2024 à 356,5 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 67 %. Et l’effort devrait encore s’intensifier avec une prévision de 710 milliards de dollars pour 2026, soit plus 99 % !

Ce mouvement traduit une poursuite de la course aux capacités, notamment pour les semi-conducteurs, ce qui explique leur performance exponentielle ces derniers mois, mais provoque aussi une inquiétude légitime des investisseurs quant à la rentabilité future de ces montants astronomiques qui représenteront cette année environ 2 % du PIB américain.

Le cas d’OpenAI illustre parfaitement cette tension entre révolution technologique et fragilité financière. La croissance commerciale d’OpenAI est spectaculaire. L’entreprise indique avoir atteint un milliard de dollars de revenus dans l’année suivant le lancement de ChatGPT et générer environ 2 milliards de dollars par mois aujourd’hui. Reuters, citant The Information, rapporte de son côté qu’OpenAI aurait dépassé 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires annualisé à la fin février 2026, contre 21,4 milliards à la fin de l’année précédente, soit une progression de 17 % en deux mois.

Le niveau d’adoption est tout aussi impressionnant. OpenAI revendique plus de 900 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires de ChatGPT et plus de 50 millions d’abonnés payants grand public. Sur le marché professionnel, l’entreprise indiquait fin 2025 servir plus de 1 million de clients entreprises et plus de 7 millions de licences ChatGPT for Work, avec une croissance de 40 % en seulement deux mois.

Mais c’est précisément à cette échelle que l’équilibre financier devient plus délicat. Reuters, reprenant le Wall Street Journal, a rapporté qu’OpenAI avait manqué plusieurs objectifs internes de revenus et d’utilisateurs au cours des derniers mois. La croissance de ChatGPT aurait ralenti vers la fin de 2025, sous l’effet des gains de parts de marché de Gemini, et l’objectif interne d’atteindre 1 milliard d’utilisateurs actifs hebdomadaires à la fin de l’année n’aurait pas été atteint. Ces éléments alimentent les inquiétudes sur la capacité de l’entreprise à honorer ses futurs contrats si la croissance des revenus ne suivait pas.

Le financement d’OpenAI repose sur une combinaison de capital, de dette et de partenariats industriels. Microsoft a joué un rôle central dans la montée en puissance initiale d’OpenAI, avec un investissement pluriannuel de plusieurs milliards de dollars, annoncé en 2023. En octobre 2024, OpenAI a ensuite levé 6,6 milliards de dollars à une valorisation de 157 milliards de dollars, auprès notamment de Thrive Capital, Khosla Ventures, Microsoft, Nvidia, SoftBank, Fidelity et MGX. L’entreprise a également sécurisé une ligne de crédit revolving de 4 milliards de dollars après cette levée de fonds.

L’étape la plus récente est d’une tout autre ampleur. En mars 2026, OpenAI a annoncé une levée de 122 milliards de dollars de capital engagé, à une valorisation après financement de 852 milliards de dollars. OpenAI présente ce financement comme un moyen de soutenir son accès durable au calcul, qu’elle considère comme un avantage stratégique : davantage de capacité de calcul permet de meilleurs modèles, de meilleurs produits, davantage d’usage, puis davantage de revenus, dans une logique de boucle cumulative.

L’équation financière est donc exigeante. Avec environ 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires annualisé, une valorisation de 852 milliards représente environ 34 fois les revenus actuels. Une introduction en bourse à 1 000 milliards de dollars, évoquée par Reuters comme scénario possible, représenterait environ 40 fois ce même chiffre d’affaires annualisé. Pour que cette valorisation devienne plus facile à justifier, il faudrait que le chiffre d’affaires annualisé décuple et s’accompagne de marges élevées. C’est là que réside la fragilité du modèle : les investissements nécessaires sont massifs et immédiats tandis que les revenus futurs, eux, restent incertains.

La question n’est donc pas de savoir si l’IA progresse. Les performances des modèles ne cessent de s’améliorer et l’adoption est massive. La vraie question est de savoir si la monétisation progressera assez vite pour justifier des valorisations proches de 850 milliards à 1 000 milliards de dollars et des engagements sur des centres de calcul de plusieurs centaines de milliards. En ce sens, OpenAI ressemble de plus en plus à un grand projet d’infrastructure. La concurrence d’Anthropic, Gemini, Qwen ou DeepSeek associée à des coûts d’infrastructure trop élevés sont des facteurs de fragilité qui ne semblent pas pris en compte au niveau de valorisation actuellement avancé pour OpenAI.

Les marchés

Les bourses mondiales ont fortement rebondi depuis le 27 mars dernier, portées par l’anticipation d’un règlement rapide de la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis et Israël. La persistance du conflit a depuis provoqué des épisodes de baisse marqués sur les principaux indices, suivis de rebonds parfois difficiles à expliquer. Les investisseurs demeurent dans l’ensemble optimistes quant à une poursuite de la croissance. C’est le secteur des semi-conducteurs qui a le plus bénéficié de ce rebond, dopé par les intentions d’investissements des principaux acteurs de la technologie. Le dollar, valeur refuge de la crise du Moyen-Orient, a légèrement reculé sur le mois, tandis que le 10 ans américain remontait à 4,38 %. Le secteur des logiciels demeure très chahuté face à la montée en puissance de l’IA, potentielle nouvelle concurrente.

Les marchés actions continuent de regarder au-delà de la guerre, en intégrant l’hypothèse d’un conflit de courte durée. Les mouvements à la hausse et à la baisse restent toutefois violents. La résistance récente des indices boursiers, malgré la forte remontée du prix du baril de pétrole, a de quoi surprendre. Elle illustre l’optimisme, probablement fragile, des principaux acteurs.

La réaction des grandes banques centrales reste très attendue. Réticentes à remonter les taux à la suite d’un choc d’offre sur le prix de l’énergie, elles doivent veiller à ce que les anticipations d’inflation demeurent stables, ce qui n’est pas le cas actuellement. Leur patience pourrait donc être mise à l’épreuve et dépendra elle aussi de la durée du conflit. L’inflation américaine s’élève aujourd’hui à 3,2 % et demeure supérieure à l’objectif des 2 % de la Fed depuis mars 2021.

Enfin, sur le thème actuellement le plus structurant du marché, à savoir l’intelligence artificielle, les avancées dans l’IA agentique laissent espérer d’importants gains de productivité, lesquels constituent le facteur déterminant de l’amélioration des niveaux de vie. Cependant, les investisseurs ne se contenteront plus de financer la promesse technologique : ils seront de plus en plus attentifs aux résultats effectivement générés par les investissements engagés. La différentiation entre les sociétés devrait devenir de plus en plus importante, comme l’illustrent les réactions divergentes des actions d’Amazon, Meta, Microsoft et Alphabet lors de la publication de leurs résultats trimestriels publiés le 29 avril 2026, avec des performances respectives depuis ce jour de +0,77 %, -8,57 %, -3,97 % et +9,96 % (au 30 avril 2026).

Le marché réagit maintenant à l’apport de l’activité générée par les investissements.

  • Ainsi, Meta a annoncé une forte progression de ses investissements sans stratégie claire pour les rentabiliser, ne disposant pas d’une division d’hébergement (Cloud) comparable à Azure, AWS ou Google Cloud, et en a été pénalisée.
  • La progression des résultats de Microsoft est bonne, mais c’est parmi les quatre sociétés citées celle qui augmentera le plus ses investissements en 2026 (+194 %).
  • Alphabet se distingue par la croissance de Google Cloud (+63 % en variation annuelle) et de son carnet de commandes, justifiant ses importants investissements.

Ainsi, les investisseurs estiment probable que la dynamique des dépenses d’infrastructure d’intelligence artificielle atteigne un point haut cette année.

Sources principales : Banque de France, Federal Reserve, CGPCONSEILS, FMI, OCDE, BIS, BEA, BCE, BOJ, BOC, Bloomberg, Reuter, Facset, Financial Times, Agence Internationale de l’Energie, OMC, INSEE, Euler Hermès, Coface, MIT, ISTAT.

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