Dans un contexte d’instabilité politique inédit en France (succession de gouvernements, difficultés budgétaires, dégradation de la note souveraine), les Français renforcent massivement leur épargne de précaution et expriment une inquiétude croissante pour l’avenir des retraites.
Comme le soulignent Brice Teinturier, Salomé Quétier-Parent et Federico Vacas dans leur article : « Cette incertitude généralisée trouve un écho direct dans les comportements des Français, qui réorientent leurs stratégies d’épargne. »
Le Baromètre 2026 « Les Français, l’Épargne et la Retraite » (24e édition, Ipsos bva-CESI pour le Cercle des Épargnants, enquête du 2 au 8 janvier 2026 auprès de 1000 personnes) révèle :
- 56 % des Français influencés par l’actualité récente dans leurs choix d’épargne
- 39 % comptent épargner en 2026 (niveau historiquement élevé)
- 81 % inquiets pour l’avenir du système de retraite (+4 points vs 2025)
- Privilège marqué pour les produits sûrs (Livret A en tête) et montée du PER
En 2026, prudence et défiance dominent le rapport des Français à l’argent.
L’impact de l’instabilité politique sur l’épargne des Français
Une préoccupation massive pour la dette et les finances publiques
84 % des Français s’inquiètent de la dette et du budget de l’État, tant pour la stabilité économique nationale que pour la pérennité de la santé et de la protection sociale. 66 % craignent directement pour la sécurité et la performance de leur épargne personnelle.
Conséquence : 56 % ont adapté leur stratégie d’épargne ces deux dernières années (65 % chez les patrimoines > 50 000 €), en épargnant davantage par crainte (44 %) et en privilégiant des produits plus sûrs (40 %).
Cette prudence bride potentiellement la consommation et la croissance, mais reflète une réponse rationnelle à l’incertitude.
Niveau record d’intention d’épargner en 2026
39 % des Français prévoient d’épargner cette année (stable vs 2025, +16 points en 9 ans). Seuls 20 % envisagent de puiser dans leur épargne (niveau le plus bas depuis 2017, -3 points).
60 % des détenteurs épargnent avant tout pour constituer une épargne de précaution face aux aléas.
Les produits d’épargne privilégiés : la sécurité avant tout
Retour marqué à la prudence
51 % privilégient désormais les produits sûrs et peu rémunérateurs (+3 points en un an, +6 en deux ans), contre 30 % pour les plus risqués/rémunérateurs.
Le Livret A reste ultra-dominant : 86 % des Français en possèdent un (ou équivalent).
Suivent l’assurance-vie (37 %), PEL/CEL (28 %, en fort déclin -12 points en 7 ans) et épargne salariale (19 %).
Montée en puissance du PER
Le Plan d’Épargne Retraite (PER) gagne du terrain : 15 % en détiennent (+5 points en 6 ans), 11 % envisagent d’y souscrire. Il redevient perçu comme l’un des meilleurs produits pour préparer sa retraite.
Cryptomonnaies et ISR : encore marginaux
Cryptos : gap générationnel
Seuls 18 % se disent bien informés sur les cryptomonnaies (-3 points), 16 % en ont une bonne image. Chez les <25 ans : 38 % informés, 34 % bonne image, 29 % y voient un rendement élevé (vs 13 % global).
ISR : méconnaissance mais potentiel
À rendement égal, seulement 25 % choisiraient un fonds ISR vs 21 % un fonds classique ; 54 % ne savent pas assez. 49 % jugent la communication des banques insuffisante, 66 % veulent en savoir plus → fort potentiel de développement.
L’IA dans les stratégies d’épargne : scepticisme mais intérêt croissant
40 % des Français utilisent occasionnellement ou régulièrement les IA conversationnelles (56 % chez <35 ans).
28 % voient un fort potentiel pour de meilleures décisions financières (41 % chez <35 ans). Obstacles : sécurité des données (54 %), risque d’erreur (40 %).
Pourtant, 57 % seraient prêts à utiliser l’IA pour s’informer, simuler, recevoir suggestions ou automatiser placements. 7 % l’utilisent déjà pour l’épargne/investissement (+3 points en un an ; 15 % chez <35 ans).
Inquiétude record pour l’avenir des retraites
81 % inquiets pour le système par répartition
+4 points vs 2025, +15 vs 2024. 86 % craignent l’impact de la dette/budget sur le financement des retraites.
Solutions plébiscitées : développement des fonds de pension (60 % favorables), puis augmentation cotisations ou recul âge départ (42 % chacun). Diminution pensions rejetée à 82 %.
Génération sacrifiée ?
61 % des retraités estiment avoir assez de ressources vs seulement 40 % des non-retraités qui s’y projettent. 72 % des <35 ans n’ont pas confiance dans le système pour une retraite correcte (+12 points en un an).
66 % jugent plus difficile pour les jeunes de penser à leur retraite qu’il y a 20 ans ; 68 % pour devenir propriétaire, 59 % pour épargner.
67 % des non-retraités épargnent pour financer leur retraite (régulièrement 19 %, quand possible 37 %).
Conclusion : Prudence, défiance et anticipation face à l’incertitude
Le Baromètre 2026 du Cercle des Épargnants confirme une France inquiète : renforcement de l’épargne de précaution, préférence pour la sécurité (Livret A, PER en hausse), défiance envers le système de retraite et sentiment de générations sacrifiées.
En 2026, les Français anticipent les risques plutôt que de miser sur la croissance. Combler les lacunes d’information (ISR, IA, PER) et restaurer la confiance dans les finances publiques seront clés pour relancer l’investissement et la consommation.
L’étude complète est disponible ici : Les Français renforcent leur épargne de précaution et s’inquiètent de l’avenir des retraites – Ipsos (février 2026). Rapport PDF : Baromètre complet 2026.